Investir dans sa marque offre des résultats mesurables, c’est prouvé et cela semble être compris par plusieurs parties prenantes dans le domaine du commerce de détail. Alors, pourquoi en parle-t-on moins? Dans un contexte économique incertain, et avec un électron libre au sud de notre frontière, les détaillants, entre autres, cherchent de la certitude et des solutions immédiates. La précision offerte par les données réduit l’incertitude et leur instantanéité permet d’agir vite et de répondre à des objectifs de plus en plus à court terme. À l’inverse, les effets de la marque prennent du temps à se construire, ce qui la rend moins attrayante dans un environnement où l’on veut des résultats rapides.
Alors, si les effets de la marque se construisent sur le long terme, est-il tout de même possible de les mesurer à court terme? Malheureusement, ce qui compte pour votre marque n’est pas toujours mesurable. Du moins, pas de façon aussi précise et rationnelle que la performance. L’humain est moins rationnel qu’on le pense! En effet, comme l’a démontré la firme de recherche Gallup, 70 % des décisions des consommateurs se basent sur une émotion plutôt qu’un choix rationnel (Gallup, 2022)4. Donc, même lorsqu’on interroge les consommateur·trices sur leur perception, leur intention d’achat ou leur fidélité à une marque, il faut garder un esprit critique. Les réponses recueillies sont souvent rationnelles dans leur formulation, mais elles peuvent traduire imparfaitement des décisions qui, dans la réalité, sont largement influencées par l’intuition, l’émotion et le contexte. Comme le rappelle le psychologue Daniel Kahneman dans son œuvre prisé Thinking, Fast and Slow : « The world in our heads is not a precise replica of reality. » (Kahneman, 2011)5. À cela s’ajoute l’influence des facteurs culturels qui façonnent la place qu’une marque occupe dans une société, et qui ne peuvent pas toujours être mesurés par des indicateurs à court terme.
Cela ne signifie pas qu’il faut avancer à l’aveugle, mais plutôt qu’il faut travailler la marque autrement. Avant de chercher à la mesurer, il faut d’abord la comprendre. Qu’est-ce qui caractérise réellement mon entreprise, mon produit ou mon service? Est-ce que cet élément a une valeur réelle aux yeux de mes client·es? Et, est-ce qu’il me distingue clairement de mes concurrent·es?
Une fois un bon positionnement établi, encore faut-il le communiquer de manière mémorable. Une étude récente (Morgan, Field, & Evans, 2023)6 démontre qu’une marque performe mieux du point de vue de ses parts de marché lorsqu’elle génère de l’émotion. Il faut donc se donner l’espace pour créer des communications qui en suscitent réellement. Concrètement, cela signifie générer des idées plus fortes et les déployer dans des médias où l’attention est de qualité.
Pour terminer, si nous devions répondre à la dernière question que nous avons posée aux intervenant·es de Hop! Le Sommet du commerce de détail sur ce que nous souhaitons à l’industrie pour les cinq prochaines années, nous rejoignons les propos de Guillaume Martin, directeur intelligence consommateurs, fidélité et mesure chez Avril supermarché santé : « Oser ». Ça peut sembler contre-intuitif, mais dans un contexte instable et imprévisible, ce sont les marques qui prennent des risques qui finiront par sortir du lot. Parce qu’aujourd’hui, le plus grand risque pour une marque est d’être ignorée.